mardi 16 juin 2020

Le Compère et les Comméres

LIVRE III - Fable 36 - (Editions Thot en 2018 - Fabuleux Dédale)


Le Compère et les Commères

Un cerf fut le dindon d’un renard charlatan
Sorti de sa tanière
Il mérita cornes d’autan
Que le rusé le trompa de belle manière.
Le disant vil cocu et fol vaincu peu fier
Lui prétendit chercher pour juge
Auprès de gens qui aboyèrent
Afin qu’il le déjuge pour que lui le gruge.
Le compère enragé, très adroit et subtil
Voulût que s’ébruitât reproche à la maîtresse.
Pour cela, confia, afin que l’on distille
Vitriol à la mie, aux commères son stress.
Mais ce n’est pas sans risque
Par mémères calomniatrices
Curieuses, à l’affut du vécu de l’odalisque
D’en faire des informatrices
En livrant ses vices à la rue.
Déblatérant et susurrant plus qu’on n’eut cru
Hors dialecticiens et sophistes
Qu’elle avait couché tant d’arsouilles sur sa liste
Qu’elle n’en pouvait plus
Du flux et du reflux
Taillant toujours plus faux que vrai
Plus vite que ne croît l’ivraie
Au point que cette malveillance
Fit qu’on trouva biche pendue à la potence.
Les donzelles sur l’heure
Taille un costard au cerf, enfume sa demeure.
Tant s’enfle la rumeur quand courent fadaises
Leur bonheur de colporter le malheur des gens
Que la bête aux bois se jeta de la falaise
Faisant la joie du charlatan
Qui hérita de tout
Se faisant marabout.
En se voyant dupées, les bavardes recrues
Le reprochèrent au camelot.
Le renard en resta coi, puis coriace et cru.
Le finaud fit sa cour en un méli-mélo :
« - Il voulait la tuer
Grâce à vous, il l’a fait ! »
Mais ainsi blâmées elles durent statuer
Et du museau rusé en cafter les méfaits.
« - Vilain renard, vous avez pris la mie pour cible
Pour dessouder le cervidé à l’héritage. »
 « - Je vois que l’appeau peu crédible
Tout en délivrant votre rage
M’est à mon grand dam imputé
D’avoir distrait votre acuité.
Ces deux bévues vous serviront
Au pinacle des crétineries, de fleurons.
La vie de commère est si vide
Que cancaner des autres vous donne importance. »
Elles apprécièrent mal l’avis de cet avide
Et usèrent de leur jactance
Elles taillent, calomnient, dénigrent et débinent
Le roux poilu à tel point que la vie le mine
Et que de sa soif d’aigrefin
Il trépassa en perdant la foi et la faim.
Souvent la vérité s’embrouille
Lorsque les compères se brouillent
Mais si vous traitez avec commère qui couvre
Quand la vérité se découvre
Un jour, elle saura dire le mal de vous
Qui vous mettra au trou.


2 commentaires:

  1. Ah ! Encore une belle fable. Et quelle fable, tout en subtilité. Remarquable ! Daniel. Merci
    Paul

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  2. Ah Daniel, si vous ressemblez à vos écrits vous devez être l’une des plus charmantes personnes de votre ville (je n’en doute pas). On se laisse emporter par votre écriture et par votre enthousiasme. Quelle belle écriture ! Merci Daniel.
    Maryline

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