jeudi 29 octobre 2020

L'Emeu, le Paon et la Colombe

LIVRE III - Fable 44 - (Editions Thot en 2018 - Fabuleux Dédale)




L’émeu, le paon et la colombe

Messagère des Dieux
De Sémiramis sa beauté
A peine descendue des Cieux
Pour offrir l’amour, la paix et la liberté
La colombe tenue
Donna son brin de laurier aux premiers venus.
Le paon bleu si divin
L’émeu roux très devin
Houspillèrent aussitôt ce jet de l’arc en ciel
L’oiseau blanc argenté tout droit venu du ciel.
« Quoi de plus beau commère
Que nos plumes d’émeu ou nos plumes de paon ?
Ne nous vois-tu donc huppés de telle manière
A ne rien devoir au vulgaire chenapan ! »
L’oiseau blanc retint son offrande.
Le paon déploya sa queue en ciel étoilé
Vanité irisée de couleurs propagande
Confondant l’apparence au dieu auréolé
Du repas des serpents il tirait son venin
Reflet d’ombre de mort, il était léonin.
Benêt et hypocrite
Abandonnant ses œufs
L’émeu tête sous terre à fuir la favorite
Tant il était peureux
Pestait contre cette envoyée
Qui mettait sa plume en balance
Fin de jugements dévoyés
Lui ôtant ses dons de voyance.
Du faible la raison
Et du fort le caquet
Jaugeant moins l’amour que poison
Arguant liberté de laquais
Tohu-bohu des emplumés
Charivari pour enfumés
Fit que le bel oiseau laissa baragouiner
S’envolant miséricordieux
Vers d’autres empennés
Bien plus aimants qu’odieux.
A éconduire le bienfait
On en perd l’avantage
L’orgueil du mystique et la bêtise du niais
Ont étroit parentage.




vendredi 23 octobre 2020

La boite à Cornes

 LIVRE VI - Fable 118 - (fable inédite)


La boite à cornes

 

En politique tous les gros bonnets

Pour d’aucuns très peu présentables

Réservent aux gens des urnes des pieds de nez

Cherchant ainsi à n’être responsable

Que de leur mauvaise réputation.

Etalons donc la situation :

Tout animal politique use d’un chapeau

Qu’il entend faire porter à autrui

Berner tromper sont leurs appeaux

Pour les imager utilisons porcs et truies

A voir dessous peu réaliste pour deux sous.

Il était en pays de Cocagne une soue

Présidée par un porc très irascible

La tête près du bonnet

Gros bonnet concupiscible

Ayant tout d’un benêt

Faisant fête et bombance

Sinon politique à outrance

Trompeur et baiseur psychopathe

Il n’avait rien du diplomate.

L’élu usait des glands pour son secrétariat

Que la maligne détournait en gourmandise

Et fornication de passionaria.

Il en bisait sans bruit mais avec roublardise

Toute autre cochonne qui s’infiltrait par là.

Là tout un chacun connaissait ces falbalas

Opinant du bonnet

Se moquant de leur piperie

De leur symétrique lubricité.

Néanmoins

Il gardait bicorne en chef de la porcherie.

Le chafouin

Promulguant sa loi, ses membres les informèrent

En réclamant amendement

Grand vacarme aux boitons ; révision des formats

Pour toutes et tous. Gaillardement

Chacun serina à son tour

« Dégage ! Et prends ton barda ma belle de jour ! »

« C’est ça ! Fais-moi donc porter le chapeau ! »

« Mais toutes ces truies valent le détour

Nom de gu ! » « Prenons liberté sur les barjots ! »

« Allez-y les frigides ! N’est pas phrygien qui veut ! »

« Dire que pour lui j’ai jeté mon bonnet

Au-dessus des moulins, je vous en fais l’aveu

L’importance sociale, n’est que gros rhume au nez ! »

Forts grognements… Tentons une première approche

Les plus gros trompeurs ne sont pas les moins trompés

Et tout trompeur sera souvent trompé.

Deusio pour verrouiller l’accroche

Tout élu donne envie de sa peau

En sortant lapin du chapeau.

Tous sombrent à l’envie du beau, bon et blanc berné

Lorsqu’on a les boules et le cochonnet

Mais élever une boite à cornes au lubrique

Vers le plus haut du mât

C‘est se moquer de la place publique

Même en ayant de l’estomac !

Comme Cocagnais on sait bien qu’en politique

Que vous portiez chapeau ou bien bonnet

Mine de cocu vous gardez.

 

 

 

 




mercredi 21 octobre 2020

Les plumes du Coq

 LIVRE VII - Fable 148 - (fable inédite)


Les plumes du coq

 

 

On a perçu dans les grands livres

De ces femmes qui sans croix ni bannière

Des vertus nous délivrent

Sans autre forme de manière.

On a connu de ces mauvaises filles

De qui Satan s’étant assuré l’âme

Rendues retors comme chenille

Vous monnayait leur flamme.

Donc ma chronique a mémoire gardé

De cette huppe fasciée qui, en Languedoc,

Tout en le laissant regardé,

Dévalisa messire coq

Avec si douce et noble courtoisie,

Que-bien qu’il eût, en plein cœur de l’hiver

Chanté pour elle à l’aurore rosie

Fut par elle laissé nu tel un ver.

Déplumé de queue et de vivres

Le gallinacé de démence resta ivre

On ne l’entendit plus crier.

En mettant l’une de ses  plumes à l’encrier,

Il en est ainsi des travers de nos élites

Vers elles ils vont comme des papillons

Se brûler à leurs lumignons

Puis nous laissant endosser leurs faillites,

Chacun étant farci

Les quittent en leur disant merci.

Tout animal quelconque

Succombe au charme sans se faire prier

De ce fait on peut donc

Plumer tout coq sans le faire crier.

 

 

 



lundi 19 octobre 2020

Le rêve du Flamant rose

 LIVRE VII - Fable 149 - (fable inédite)


Le rêve du flamant rose

 

Sur un bel étang de Camargue

Se posa l’élégant oiseau

En sachant bien qu’il nargue

Un prédateur en lui servant d’appeau.

Le renard sait attendre la bonne heure

Ruse, affut et stupeur pour défendre l’honneur.

Las, le flamant posé s’endort

A oublier son sort.

Aux rayons du soleil, il est devenu roi

Reposant sur un pied

Il est grand et adroit

Dans ses belles rêveries d‘échassier.

Il commande le loup,

Il ordonne au renard,

Il se moque des ragondins qu’il floue

En leur tendant des traquenards.

Si bien que messire Loup et maître Renard

Associés et fouinards

Approchent en silence

Profitant de sa somnolence

Se jettent et le croquent sans trêve

A laisser ses plumes tout en brisant son rêve.

L’onirisme est à  la réalité

Ce que la mort est à l’éternité.

 

 

 

 

 





dimanche 18 octobre 2020

Vesica-Piscis

 LIVRE VI - Fable 125 - (Parue sur le Dix Vins blog - Plumes et rimes)




Vesica-piscis

 

L’apologue est parfois provocateur

Démontrons-le sur l’heure.

Un beau poisson Saint-Pierre

Côtoyait une rascasse des mers

Et ces deux as du camouflage

A tromper le regard des proies

Usaient du racolage

Pour défendre leur foi.

Chacun sait qu’il va disparaître

Mais aucun ne le croit

Se désirant anachorète, prêtre ou maître

Afin d’éterniser leur croix.

Ces missionnaires justifiant chacun leur Dieu

Rivalisent de procédés odieux

L’un l’autre louant ces grand’messe

Pour défendre leur bouillabaisse.

Tant de petits poissons

Purs, crédules, mordent ainsi à l’hameçon.

A exhorter son dieu, on joue souvent au diable

Que l’on voit lorsque surgit la baudroie

Vraie athée de surcroît

Qui tellement effroyable

Les poussa à s’enfuir

Afin d’opter entre suicide ou sacrifice.

Cette mise au ban de leurs bons offices

Nécessita de réfléchir.

Si Dieu est, il est Un et seul

Rendant les hommes égaux face à la mort.

Pourquoi serions-nous veules

A dire qu’il n’y en a pas ? Sûr, dès lors

Et ce n’est pas futile

Le clocher, le minaret, le beffroi, la tour

Dans tous les cas devenus inutiles

Ne font qu’empêcher de croire à l’amour.

Qui n’aurait pas envie

De cultiver la fleur de vie ?

Dès lors, faut-il être éduqué à la croyance

Plutôt qu’à la science ?

 

 

 

 


samedi 17 octobre 2020

Le jardin du Diable

 LIVRE VII - Fable 150 - (fable inédite)




Le jardin du diable

 

Le vice pour penchant

Soutenu des méchants

Le jaloux Lucifer

Voulait aussi jardin d’Eden

Malin dans son enfer

De jolies fleurs, il était à la peine.

Corrompre les vivants

Voilà la belle aubaine

Et d’un chant émouvant

Convainquit la rose de devenir sa reine

Le Diable fut en rage

Ne supportant l’outrage :

Car dans le pays des volcans

Embrasée la fleur s’est fanée.

Mais pour tous les damnés

Le parfum demeura suffocant

Pour tout cet amour ignoré.

Toutes les fleurs détériorées

Par les démons qui tuent l’amour

Nous privent du bonheur

Ressassant dans nos cœurs

Le satanique tribut du  malheur

Pour les cœurs sans amour

Les jardins sont sans fleurs.

 

 

 

 

 



jeudi 15 octobre 2020

La Rose du Temps

LIVRE V - Fable 93 - (Editions Thot en 2018 - Fabuleux Dédale)


 
La rose du temps

Hier, aujourd’hui, demain sont les trois jours de l’homme
A tout moment, en un instant
Entre deux, le présent devient passé, d’un somme
Un fol effroi pour l’existant
Qui projette sur l’avenir, la fin
Au réveil conscient du vieillard, qui n’est point feint !
Hier, il contemple la rose
Elle est belle, à peine éclose
A la lorgner ;
Ce jour il hume l’odeur
Tant enivré par la fleur
A la baigner ;
Demain il prendra sa tige
Pour assouvir son vertige
A la soigner.
Le divertissement oublie la finitude
Sans voir passer le temps qui n’a que trop duré
Aimer l’éternité en tue la solitude
L’horloge universelle apprend à l’endurer.
Quand calice, fleur, pétales, tout fut fané
Le lendemain pour ce niais
L’épine sert de raison pour le condamné :
De la rose il en saignait !
Il crie après le temps, qui en suspend son vol ;
Ce dernier désirant lui consacrer du temps.
« Tu te dis mon ami ? » « N’es-tu point trop frivole ? »
« Je n’ai chéri ma fleur, faute d’un contretemps !
La montre est arrêtée… », dit-il
« … Toi seul peut m’assurer de remonter le fil
Car sans elle je me meurs. »
Malgré sa bonne humeur
Le Temps est embêté
Il ne fait que l’espace et non point la durée.
« L’étreinte est l’anagramme de l’éternité
Qui la rate ne peut plus remonter !
Pour tous les vivants prévenus, je m’évertue
D’apaiser leurs faiblesses
Ressassant que si toutes les heures vous blessent,
Juste la dernière tue. »