mercredi 5 août 2020

La Loutre et les deux Arsouilles

LIVRE IV - Fable 65 - (Editions Thot en 2018 - Fabuleux Dédale)


La loutre et les deux arsouilles

Une loutre à la fleur de l’âge
Estimant de sa rente, nouvelle tanière,
Trouva après un long voyage
Gîte fort agréable sur terre étrangère
Dont elle apprécia l’espace et la liberté.
Deux voisins aux méchants desseins
Ignobles et tenants d’Astarté
Lui émirent la bienvenue dans le bassin.
Elle les crut à ses dépens !
Loups cachés, doux comme des agneaux, ils lui dirent :
« Nous sommes vos amis, défendrons vos arpents
Dès la moindre anicroche, on viendra secourir. »
Mais de câlins, le castor à longue queue plate
Aux mœurs invasives et à l’humeur scélérate
Monta digues et murs, enfermant notre loutre
En la cloitrant comme jean-foutre.
La loutre tressaillit de la situation.
Quand le fourbe tamanoir à la longue langue
De coups de pattes acheva l’expropriation
Retournant le terroir pour en faire calangue
Sous prétexte de trouver fourmis et termites
La loutre émotionnée ne vit plus de limites.
Soumise aux deux filous, dont l’un une lavette
La tête oblongue de trouillard
Aux griffes pointues qui en douce déchiquettent
La nature comme du lard,
Et l’autre à poil gris-brun et dru
Petits yeux, petites oreilles et grandes dents
Bâtisseur permanent en soudard malotru
D’incessantes barrières enfermaient les gens.
Lors le joli jardin d’Eden
Devint l’enfer que l’on dédaigne.
La loutre savait mordre et donner de la voix
Mais à quoi bon vivre à l’endroit
Fait de cœurs corrompus
De ceux qui mettent des barrières ?
Pour eux l’amitié n’est point faite, et leurs abus
Leur font porter de viles œillères
Car ils sont loin d’aimer les autres.
Alors il n’était plus question qu’elle se vautre
En ce sordide lieu du fait des habitants
Et partit. Elle en était certaine
Lorsqu’on est trop près des méchants
On se gâte sans peine.






mardi 4 août 2020

Le Sanglier et la neige

LIVRE I - Fable 8 - (Editions Thot en 2018 - Fabuleux Dédale)


Le sanglier et la neige

Un bois noir de feuillus en taillis sous futaie
Cachait un ancêtre du porc
Un gros sanglier fouille-merde très redouté
Car dangereux sous tous rapports.
De nuisances sauvages
Pillant, ravageant les récoltes
Il fit tant de saccages
Que l’Homme en sonna la révolte.
Le solitaire, fort de son endroit secret
Ne prêta guère d’attention aux indiscrets
Oubliant que le bois put avoir des oreilles
Que les champs disposent de paires d’yeux
Et de l’homme rusé, au singe à la pareille
Attendant que le temps lui soit plus giboyeux.
Quand il plut à Dieu de neiger
La bête en sa puissance et sa force
Se vit contrainte et assiégée.
Lors pour manger la moindre écorce
Il fut moins prudent qu’une laie
D’un tir il paya l’incartade
Prouvant que le crime ne paie
Et ne perçut jamais en finir à ce stade.
N’est pas sujet tabou
En se souillant de boue
De faire bon ménage
Mais il y a un piège :
Qui marche dans la neige
Ne cache son passage.





dimanche 2 août 2020

L'Autuche et les Perruches

LIVRE VII - Fable 128 - (Fable inédite)



L’Autruche et les Perruches

C’était au Sénégal
Que d’affidées et chamarrées perruches
En leurs plumes et fanfreluches
Jacassant poésie, trottes, trajets, étoiles
Se transmettaient beau savoir sur leurs vols ;
Lorsque une pédante et doctorale frivole
Hirsute, de retour de dache
Et quelque peu bravache
S’ébroua vers leurs nids pour son ego reluire.
Et la noire autruche esseulée
Ayant tant besoin de séduire
Leur livra sur leur sujet tout son chapelet
Explosif.
Ainsi fit-elle croire
A tout son auditoire
Sur le ton intrusif
D’une endoctrineuse au long cours
Qu’elle allait être au vol plané d’un grand secours
Compte tenu qu’elle était la meilleure
Aux acquis des longs vols et du talent divin.
Elle voulait diviser ces piafs gouailleurs,
Et c’est ce qu’il advint.
Trois perruches hochant la tête de haut en bas
Becquetèrent ce grand n’importe quoi,
Car l’autre avec son cinéma
Si ne savait voler avait de l’estomac
Et de la fatuité n’avait aucun complexe ;
Sages, d’autres réclamèrent démonstration.
Et elles crurent à l’esprit de « Saint-Ex »,
Quand l’aventureuse évoqua le vol de nuit.
Puis l’astre du jour déclinant sur l’horizon
Fondue dans le noir elle s’élança sans bruit.
Ne pouvant du bobard assumer le costume
D’une course plus rapide que la lionne
Dans le vide plongea à y laisser ses plumes.
Dans ce temps mort, on crut notre larronne
Car elle s’estompa en moins de deux
Comme montée aux cieux ;
Ne sachant être séraphin
La tromperie prit fin
De l’envol qui lui brula ses ailes d’Icare
Avec sa chute dans la combe de la dune.
 « Je ne volerai plus ! Voyez mon infortune,
J’étais la seule à rejoindre Dakar
Ou la lune plus vite que baudruche ! »
« Perruche ! Espèce de volatile à fadaises ! »
Hurlèrent les oiselles vers cette greluche
Subversive, car voilà qu’elles se déplaisent !
L’autruche folle, court, rit, saute et tend à mordre
Lorsque les autres s’envolent dans le désordre
Pour ne plus revenir.
Entre avenir et souvenir
Au mépris des êtres, les donneurs de leçons
Imposant leurs sentences de censeurs
Foudroient par leur vilaine action
Celle d’instinctifs et innocents transmetteurs.
Un égotiste trop instruit
Ruine bien plus qu’il ne construit.



samedi 1 août 2020

Le Chien et les trois Perruches

LIVRE I - Fable 9 - (Editions Thot en 2018 - Fabuleux Dédale)



Le chien et les trois perruches

Un chien, dialecticien reconnu de sagesse,
Se trouva harangué par deux fortes diablesses
Perruches colorées de tous leurs avantages.
Ayant mal à réprimer leur impolitesse
Tant les deux prétentieuses agitaient leurs plumages
Ce dernier toutefois de leurs cris ébaudi
Ne pipa mot et attendit
Serein, qu’elles fassent silence.
« Avant de prononcer sentence
Pourquoi cette prise de bec ? »
« Nous voulons épouser Blanc-bec ! »
Gazouillèrent-elle en concert
Désignant le mâle nécessaire.
« Pauvre bestiole à plumes exprime ta pensée
Es-tu là pour prendre fiancée ? »
Au pâle interpelé, demanda le chien juge
Afin d’éviter tout grabuge.
Entre les deux oiselles il arriva surprise
Qu’il puisse avoir son mot à dire
Mais après tout afin d’en obtenir l’emprise
Elles n’avaient rien à redire.
« J’hésite entre les deux,
Sans trop savoir pourquoi, entre vice et vertu,
Sans trop avoir le choix, et tout cela me tue,
Car me voilà de pierre érigé en statue
Quand tête vers l’une et cœur vers l’autre m’émeut. »
Le chien croisa ses pattes
Et resta diplomate.
« Ainsi je saisis mieux le monde des perruches
Quelle morale sans vouloir faire l’autruche ?
D’abord pour vous mesdames :
Vos cris stridents et bavardages
Vos vanités gonflant plumages
Nécessitent plus bel oiseau
Non pas Blanc-bec pour damoiseau.
Quant à notre quidam :
Si l’ombre ne m’abuse tout est dualité
Elles ne sont que deux, mais devraient être quatre
Sagesse pour beauté
Et la Maman pour croître
L’Amante pour la chair
La Vierge et la prière
Dans tous les cas l’Amour se donne et se reçoit
Sans avoir à souffrir
On avance, on recule, on exerce son choix
Pour pouvoir s’aguerrir. »