lundi 6 juillet 2020

Aux bras croisés des cathédrales

LIVRE VII - Fable 152 - Fable inédite...




Aux bras croisés des cathédrales


Dans sa robe de bure
Tenant sa corde à nœuds
 L’architecte harmonieux
Contemplait le ciel pur.
Comme le grand voyageur
Qui fait un premier pas
Le savant constructeur
Posa sans embarras
Première pierre d’angle.
C’est en lâchant la sangle
Et pensant à son Dieu
Qu’il vit la cathédrale
Se dresser sur ses dalles
Le labyrinthe aux yeux
De lumière optimum
L’inondant de bonheur.
La vraie mission de l’homme
Est d’être bâtisseur.






dimanche 5 juillet 2020

Nectar et rififi

LIVRE III - Fable 29 - (Editions Thot en 2018 - Fabuleux Dédale)



Nectar et rififi

Une abeille, un papillon et un colibri
Gourmands, butinaient de jolies fleurs, à l’abri
D’un grand espace arboricole
Puisant le doux nectar au sein de leurs corolles.
Ils avaient bec, mandibules, trompe et langue
Qui ne prêtaient point aux harangues
Vu que chacun faisait recette en qualité
De goût pour le sucre récolté
Sur les beaux boutons mellifères.
Mais le plus beau des paradis
Peut vite devenir enfer
Quand du partage naît la tragi-comédie.
À trop pomper, le champ d’action s’était réduit
Il allait manquer de produit.
Chacun revendiqua les lieux
Comme un bien hérité des cieux :
Notre trio se montra plus que détestable
En déclarant tout voisinage inacceptable.
Désirant montrer leur puissance
Tous mirent leurs sens en éveil
À la danse frétillante en huit notre abeille
Opposa un long bourdonnement de jouissance
Au vol arrière du colibri, l’ex chenille
Menaça de soumettre à l’effet papillon.
Après toutes ses banderilles
Ils se traitèrent d’histrions
Et rien ne put les arrêter dans leurs diatribes.
Les voilà sans dessein, sans moral, sans pitance
Prêt à utiliser ce que les lois prohibent
Le mal, la force et la violence.
Notre reine des ruches et le beau transformiste
Eurent beau défendre de façon altruiste
Pollinisation datant de Melchisédech
Le bel oiseau les passa par le fil du bec.
Ainsi la puissance n’est pas dans la gloriole
Car la preuve, à le croire on ne voit fin venir.
Il en est ainsi des bestioles
Le passé n’est que souvenir
Où l’on se joue de l’avenir
Création et destin n’ont qu’à bien se tenir !
Le présent reste l’existence
Dont chacun n’est pas prêt à scinder son repas
La force est la seule puissance
Sentencieusement, dont on ne discute pas.





vendredi 3 juillet 2020

Pot aux Roses

LIVRE III - Fable 28 - (Editions Thot en 2018 - Fabuleux Dédale)



Pot aux roses

Il était une fois
Un jardin d’autrefois
Comprenant toutes les essences
Les arbres de la vie et de la connaissance
Avant que secret ne déflore
Une grâce nue comme Flore
Rose dissimulée
 Appas qui s’appelait
Chloris, la déesse des fleurs.
Le joli mythe de pureté et d’amour
Par sa beauté, par son odeur
Cachait sous boutons de roses tous ses atours
Pour en troubler le doux Zéphyr.
Face à ces émotions et ces à-coups d’envie
Pour qu’il commence à la chérir
Rose pâle de modestie
Avant de séduire le cœur
Du rose cru de la pudeur.
La timidité émousse le sentiment
Pour en rougir de confusion
Et lorsque le rouge ardent pousse à la fusion
Sans plus aucun ressentiment
De cœur, de corps et de désir
On en vient au divin plaisir.
Dès lors, pour qui rejette
L’argument du poète
Qui éclaircit par fable obscure
Le grand secret de la nature
Pour découvrir la vérité
Libre, on se doit de pénétrer en profondeur
La rose de vertu, la fleur
Cette offrande d’altérité
Qui comble en son attrait tout élan créateur
Les pétales au centre et sur les membres en croix
Goûtant le moment de bonheur
De l’extase qui vous foudroie.
Chante rouge-gorge dont la tâche au jabot
N’est point résultat de piqure d’églantine
Mais goutte de sang d’une couronne d’épines
Récompense de Dieu comme rose flambeau.
Fallait-il de l’Eden se montrer plus discret
Les tons de la rose ne pas les désourdir ?
Ainsi en est-il des secrets
A vous faire rougir de trouble ou de plaisir.




mercredi 1 juillet 2020

La Carpe et le Renard

LIVRE I - Fable 1 - (Prémière Fable - Editions Thot - Fabuleux Dédale)



Le carpe et le renard


Un patelin Goupil pataugeait dans l’étang
Pas très loin d’une carpe au mutisme assuré
L’esseulée frétillante et très peu apeurée
Succombait au renard aux attraits envoûtants.
« Ma belle on vous prétend commère ?
Je n’en crois mot et c’est chimère
Quand je vois dans l’eau calme et chaude
L’affamée seule et non finaude. »
Le poisson acquiesçant en remuant la queue
Charmé du visiteur, s’alimenta un peu.
« Je prends le temps pour longue vie
Et ne cherche à jouir à l’envie
J’économise et rêve enfin
De me marier au lapin. »
« Amie », dit le cauteleux, « c’est un jour de chance
J’aperçois le lapin, un bond pour la voyance. »
Peu méfiant de son stratagème
Le poisson d’un saut sur lui-même
Dans la gueule rusée se trouva sans problème.
Servi en quittant prestement l’écosystème
Notre fieffé coquin s’écria : « Carpe diem. »