samedi 11 juillet 2020

Les deux noceurs

LIVRE II - Fable 18 - Fable inédite...



Les deux noceurs

Le lapin est noceur
Le hamster tout autant
Et s’ils font politique, ça devient embêtant
Nous allons le montrer sur l’heure.
Un bosquet d’épineux au fond de la forêt
Devait élire son président.
Les rongeurs alentour voulaient revigorer
Les us du lapin précédent.
Il quittait son mandat
Mais jurait ses grands dieux
Que n’étant pas ingrat
Il n’exprimerait point d’adieu ;
Il comptait revenir
Que pour mieux les servir.
Dorénavant prudent
Servile, humble et charmant
Redevenu simple mortel
Jurant d’être fidèle
Autant à son serment
Qu’envers sa dulcinée
Changeant de destinée
Par ce revirement.
Ainsi les électeurs de ce tout petit monde
Prendraient pour président l’un des élus accrocs.
Le rival étant riche et d’autant plus immonde
Que féru de finance il en était escroc ;
Le hamster performant au sexe a la marotte
Et comme le lapin se lustrait la carotte.
Masquant leurs intentions
Leurs pulsions de baptême.
De leur vive érection
Ils cachèrent l’emblème.
Le devin frénétique
Devint si magnétique
Qu’étant sur d’être élu
Nonobstant la patte pelue
Ne vit pas le lapin lui mettre des épines
Pour aider à sa chute en lui creusant ravine.
Mais la nature humaine comme l’instinct du loup
N’échappant en rien au hamster
Ni au lapin qui ne savait se taire
Firent qu’ils ratèrent leur coup.
Enfin pas de celui qu’on pense
Quand on croit récompense !
Car de leurs tristes habitudes
Resurgirent des turpitudes
Un troussage de domestique
Pour l’un tua sa politique
Et pour cette érection
Lui couta l’élection.
Quant à l’autre qui avait travaillé son prône
Pour conserver son trône
Son allusion facile
D’une faucille en or qui brille dans la nuit
Pour donner la béquée à tous les cons dociles
Outre l’offense, en réveilla tous ses ennuis.
Tous les rongeurs entrèrent en fronde,
Cassèrent ce qui l’égayait
Bloquèrent sa faconde
Qui le fit bégayer
Car c’est devant les juges
Qu’il trouva lui aussi, son ultime refuge.
La morale est simpliste
Et vraiment fataliste.
Il est en politique
De mauvaises pratiques
Qui par vanité folle
Et pour des batifoles
Font qu’élu masquant ses mœurs en revient toujours,
Devant le pot de confiture
Un soir, un temps, un jour
Comme l’âne au son, à sa première nature.





vendredi 10 juillet 2020

Le Soleil et la Lune

LIVRE III - Fable 31 - (Editions Thot en 2018 - Fabuleux Dédale)


 
Le soleil et la lune

Des deux candélabres des cieux
On en a fait des amoureux
Rétablissons la vérité
De l’ardente témérité.
S’ils ont tous les jours rendez-vous
C’est pour se toiser, qu’ils l’avouent.
Et notre brave Terre
En supporte leur atmosphère.
La perte de clarté ne va point sans effroi
On observe la nuit, on oublie la lumière
Quand l’astre de Pierrot nous ramène la joie
De sa risette familière.
Du clair de lune à son acmé
Et du soleil le requiem
C’est le jour et la nuit, on ne croirait jamais
Que ce fut le même système.
L’une endort les enfants, l’autre éveille les gens
Douce, elle est propice aux soupirs des amoureux
Vif, il est complice de l’amour résurgent
Feraient-ils la paire dans leurs rais généreux ?
Fi donc ! Disons qu’il n’en est rien
Par truchement de cette fable.
« Lorsque je nais, dans mon beau temps grégorien »
Dit le soleil, « La nature est multipliable
Et mon rayonnement sans faille. »
« Votre perfection en oublie mes influences
Sur jardins et cultures par mon beau travail
Aussi des rythmes et marées les conséquences. »
Répondit une Lune altière
Sûre d’elle, pleine et entière.
« Ma chère allocataire c’est de ma lumière
Dont vous profitez à votre aise ! »
« Pour réfléchir, Seigneur, je n’en suis pas peu fière
Dans les deux sens du terme j’en fais l’exégèse
La nuit par mes cycles et mes phases
De ma pâle clarté j’éclaire
Le sommeil, l’inconscient, les ombres sans emphase. »
« Ma belle », lui dit-il, « vous ne manquez pas d’air
Peut me chaut vos émois et mois de lunaison
Sans fard, moi je fais les saisons,
La vie, vos quartiers, la mort
Je suis seule étoile d’harmonie et d’amour. »
« Vous faites plutôt matamore ! »
« Voilà vos ténébreux atours ! »
« Pour n’avoir jamais voulu me brûler les ailes
En vous approchant de trop près ? »
« La nuit porte conseil, ma chère demoiselle
Je ne veux pas vous empourprer
Et pour autant qu’un jour vous me fassiez de l’ombre
Votre avenir n’est pas si sombre
N’oubliez pas qui vous éclaire. »
« Astre du jour, n’oubliez pas qui réfléchit ! »
Aucun ne jugea nécessaire
D’arrêter le temps. Personne n’avait fléchi.
Filait ainsi par leur ronde de tous les jours
Leur drôle histoire d’amour.
On a souvent peu d’importance aux yeux des autres
On le sait. Faut-il pour autant que l’on se vautre ?
Ou encore se voir châtier
Par un coup de soleil, ou bien lune de miel
En amour comme en amitié
Les illusions sont souvent essentielles.



mercredi 8 juillet 2020

Les cratères de beauté

LIVRE V - Fable 77 - (Editions Thot en 2018 - Fabuleux Dédale)


 
Les cratères de beauté

De Vulcain cité reconnue
Allongée au pied du Vésuve
Dans cette aube nue obtenue
Des vapeurs de soufre aux effluves
Tu es label entre les belles
Dans l’écrin dominant Capri.
Mais pour l’humanité, Cybèle
Flatte ta beauté à quel prix !
Tes champs Phlégréens envoûtant
Convoient de fumerolle en flamme
Tes chants  poignants berçant le temps
Du beau linceul de cendres aux âmes.
La mère des Dieux entend-elle
N’avoir toujours que du mépris
Châtiant l’humain qui la voit belle
En l’enterrant par parti-pris ?




mardi 7 juillet 2020

Le Chat noir et les Pies

LIVRE V - Fable 79 - (Editions Thot en 2018 - Fabuleux Dédale)




Le chat noir et les pies

Voir une pie porte malheur
Il vaut mieux en voir deux
Pour l’impie point d’erreur
Il sait le chemin hasardeux
Démontrons-le sur l’heure.
Deux pies s’étaient faites ennemis
Se disputant entre autres
Sur la gastronomie
En dévorant les œufs des autres.
L’un des deux oiseaux blanc et noir à longue queue
Perché sur le haut d’un grillage
Contemplait sa consœur de ses sauts belliqueux
Vers un nid de poule, s’adonnant au pillage.
Tout comme l’oiseau dur
Sautant de branche en branche
Un chat à la même vêture
S’en vient prendre revanche.
« Quel tintamarre de harpie
Je vous prends en flagrant délit
Quand seule jacasse la pie
Je lui fais l’hallali ! »
« Nous sommes deux pies au carré, Patte-pelue ! »
Piailla l’autre voleuse en un vif houspillage.
« Je sais ! Je l’avais vu
Assez de babillage 
Comme tu manques d’air
Vient donc trouver l’enfer !
Peut m’importe le périmètre
Ici c’est moi le maître
Voici votre faiblesse
Car vous êtes sans armes
Et la peur du gendarme
Est début de sagesse. »
Le chasseur les tua
Et puis en statua :
« Ma croyance est aubaine
Il ne faut pas croiser de chat noir sépulcral
La superstition est humaine
Et n’a point de morale. »