vendredi 26 juin 2020

Le Pivert et l'Ecureuil

LIVRE VI - Fable 126 - (Inédite)


 
Le Pivert et l’Ecureuil

Roux écureuil depuis des lustres
Avait pris un vieil arbre pour balustre
Un pic-vert depuis peu
L’ambitionnait comme sauve qui peut.
Voyez les donc ces deux arboricoles
Roux écureuil et vert pivert
Sur un hêtre au diable vauvert
Faire leur music-hall
Grognant, sifflant et pleupleutant.
Beau panache faisait son toilettage
Aux parasites colonisant son pelage
Quand le bel oiseau élégant
De son bec
Martelait le bois sec
Creusant un nid pour ses enfants.
L’un avait amassé les herbes,
Mousses et autres lichens
Dans le trou de la souche de l’arbre superbe
Où il avait caché son stock de graines ;
L’autre avec son ricanement furieux
Convoitait le creux pour ses espoirs audacieux.
Sur cet arbre ring et caduc
Belle queue rousse en étendard ultime
Contre calotte rouge sur la nuque
Rémiges et rectrices  sublimes
S’affrontaient pour dire qui garderait le gite.
Le pivert le tança : « - A quoi bon tu t’agites
Comme le général, j’y suis j’y reste ! »
« - Mais je te le conteste
Vilain contrepet de vipère
Vas-t-en tambouriner ailleurs ! »
Répondit l’écureuil colère
Ne souhaitant partager le tronc, batailleur.
Sa ire était d’autant plus forte
Que notre intrus prenait dans ses réserves.
Il avait beau se dire porté par Minerve
Rien n’y fit, et nulle main-forte
Ne vint à son secours amiable.
Tout n’est qu’affaire de partage
Si rien n’est dû, rien n’est durable
Ainsi s’oppose au don le piratage.
Forcément la propriété n’est qu’opportune
Gardons-nous de prêcher fortune.



mercredi 24 juin 2020

Aux éclairs de la Lune

LIVRE V - Fable 81 - (Editions Thot en 2018 - Fabuleux Dédale)




Aux éclairs de la lune

Il nous écrit ce mot
En regardant la Lune
Il s’appelle Pierrot
Et il cherche fortune
En tout cet Univers où il s’envole tant.
Combien la Lune est belle à nous tourner autour
Le soleil en dit-il autant
A nous lorgner faire ces tours ?
Hé parbleu, il n’aurait fait mieux
D’un cercle uni aux autres
Tout aussi merveilleux
Que l’Univers où il se vautre.
C’est dommage, Pierrot, éclairé de la Lune
Que tu ne sois pas Dieu
Mirant les étoiles aux doux reflets des lagunes
A te combler les yeux.
Il repose sa plume
Zieutant l’immensité
En ressent les volumes
Craignant sa vanité
Ou l’immensément grand redevient si petit.
Pour chaque petit pois devenant galaxie
Il remplirait l’arène d’Arles
Pour les planètes ? Qu’on en parle
Elles seraient les grains de sable de la Terre.
« On ne dort point », dit-il encore
« Quand on pense à la mer
Où chaque goutte d’eau, de Tulum à Angkor
Sont les lunes de l’Univers. »
Et la lune tourne autour de la Terre
Tout comme l’Univers tourne autour de Pierrot
Tout tourne à le mettre parterre
Le grand ou le petit à le mettre à zéro
L’homme est un point central
Autour duquel il trace un cercle
Celui de son univers unilatéral.
Parfois il doit en faire sauter le couvercle
Pour apprécier les beautés de la nuit
La dimension est une erreur à la vue d’homme
Il est dans l’infini, l’infini est en lui
Et Pierrot rassuré se rendort dans son somme.





mardi 23 juin 2020

En Catimini

LIVRE VI - Fable 110 - (Editions Thot en 2018 - Fabuleux Dédale)



En catimini

Deux poltrons minets ennemis
Dès potron-minet en catimini
L’un décati, l’autre en misère
Se toisèrent
A se leurrer, déterminés.
Ils avaient déminé
La veille au soir leurs embrouillaminis.
Et donc rentrant leurs griffes
N’étaient plus escogriffes.
Chat botté cherchant la touche
Chat-huant non plus farouche
Quand ils se rabibochent
Font des charivaris.
Et nos deux chats ravis
De s’être mis en broche
Sans autre préavis
Se tapèrent la cloche.
On fait mourir son ennemi
En se faisant amis
En catimini.


dimanche 21 juin 2020

Le Bourdon et les Coquelicots

LIVRE VI - Fable 101 - (Editions Thot en 2018 - Fabuleux Dédale)




Le bourdon et les coquelicots

La fable n’est au lecteur
Que mensonge et beauté
Qui pour son grand bonheur
Lui dit souvent des vérités.
Laissez-moi vous narrer sur le chemin des fables
L’histoire d’un docte bourdon
Voyant sa ruche affable à l’abandon.
Notre insecte volant très gourmand de pollen
Se trouvait à la peine
Afin d’alimenter son nid
D’un nectar d’apologues, sis rue du Génie
Tout près d‘une fontaine.
Le tenace bosseur infatigable
Sur son chemin des fables
Désirant de vivants fricots
Pour raffermir l’impérissable
Repéra un, deux, trois, vingt coquelicots
Auteurs rouge écarlate aux pétales de soie
Mais d’éclats éphémères, cela va de soi.
Si tout pavot des champs cache bien ses secrets
Champ de coquelicots ne se fait par décret.
Le pollinisateur
En voit tout le filon
De ses ailes libérant le flonflon
Les éveille sur l’heure.
Tout raide sur leurs tiges
Aux quatre grands pétales veloutés
Leurs étamines noir bleuté
S’ils en voient sa voltige
Ne perçoivent tout le prestige
Que va pouvoir en tirer chacun.
Les fleurs idolâtrées des Egyptiens
Aux tombeaux pyramides assurant au défunt
Le bon et doux sommeil
Sous la flamme de l’effet parnassien
Vont revivre la rime avec eau et soleil.
Grâce à leurs fables graines
Qui s’échappent du fruit
Les coquelicots égrènent
À la ruche des fables plus de mille écrits
Qui en fait leur réputation.
Cet artifice est nécessaire
Car la fleur n’est pas mellifère
Ne produisant aucun nectar pour sa nidation.
Si d’aucuns ont besoin d’autrui
Pour révéler leurs dons
En revanche, sans le bourdon
Point de reproduction du fruit.
Ainsi va revivre la fable
D’antan et d’aujourd’hui.
En évoquant le vol du félibre il s’agit
De ranimer la fibre de l’inoubliable
De noter l’essor d’un genre que l’on ressème
Parfois avec témérité
Si le bourdon vous ôte le cafard, de même
C’est la fleur qui vous dit car c’est bien mérité
Avec le soutien d’Érato :
« Aimons-nous au plus tôt. »