vendredi 24 juillet 2020

Le Requin et le Poisson Lune

LIVRE VII - Fable 155 - Ma fable inédit...


 
Le requin et le poisson lune


Dans les tréfonds marins impitoyables
Un Fugu délicieux
Poisson lune admirable
Ambitionnait les cieux.
Régissant l’univers des mers
Un gigantesque requin blanc
Cherchait pour son dessert
Un menu fretin à se mettre sous la dent.
Notre globe effrayé
Lors abandonnant d’être ensoleillé
Loin de se prendre pour le monde
Usa de camouflage
Pour échapper au prédateur immonde.
Il absorba de l’eau pour son gonflage
En se hérissant de piquants
Et mettant du poison dans ses organes.
Il se voulait personnage puissant,
Invincible hydrophane
Capable de faire le bien, le mal
Devenir ce géant qui aide en société.
Avoir peur est normal
Fuit-on ce qui effraye ?
Il s’était convaincu
De rester aussi gros
Onirique, la tête dans les nues
Victime de la solitude des héros
Qui créent la compassion.
Le squale connaisseur de mets
Mais aussi de venins, fit attention
Il n’était plus question d’aimer.
Il s’adressa au poisson lune :
« - Tu as raison de rêver au soleil
Mais laisse-moi te donner un conseil.
J’aurais pu t’avaler !
Pour mieux vivre emballé
Il te faut féconder l’idéale fortune.
L’amour que nous portons au vrai,
Au beau, au bien, pourrait te délivrer
Car l’âme enfouie dans notre corps de chair
Reste prisonnière de la matière ;
Abandonne tous tes poisons
Et ta ridicule combinaison
Seule ta beauté intérieure
Mérite d’être libérée sur l’heure. »
Le Fugu ébahi et suffocant
Dégonfla sa baudruche quand
Le requin s’enfonça au plus profond des eaux.
Qui ressent douloureux enfermement
Se devrait de s’enfuir, quant à sauver sa peau
On se sauve ou se damne librement.







mercredi 22 juillet 2020

Le Chaton et la Mouche

LIVRE I - Fable 4 - (Editions Thot en 2018 - Fabuleux Dédale)



Le chaton et la mouche

Un chaton n’avait pas d’ami
Pour jouer avec lui
Et prenait comme une infamie
Cette journée de pluie
Qui l’astreignait au carreau.
Une mouche n’aimant pas l’eau
Apprécia la maison
Où il faisait si bon
Puis la pitance du minet
Et la douceur des coussinets.
« Que veux-tu la bestiole ? »
Dit-il un brin exaspéré.
« M’amuser de ta fiole
Et voir tes crochets acérés. »
Dès lors il prit la mouche
Et la vraie mouche en grippe
Affaire de principe
Sautant pour l’escarmouche.
Elle esquiva le pitre
Se moquant de ses piaulements
Tapant contre la vitre
Pour mieux le voir claquer des dents.
Minet guettait sa proie voler
En s’imaginant la croquer
Et cette frustration
Le faisait chougner d’inaction.
« Mais que vous vaut cette méfiance ? »
Demanda d’expérience
D’une patte-pelue
Le petit chat velu.
« Un oiseau-mouche culotté ! »
Fit la mouche harceleuse
Qui était ennuyeuse
A force de tournicoter.
« Dans le gros pot l’oiseau se cache
Et n’a pas peur de vos moustaches. »
Curieux de le voir, minou fit tomber le vase
Et ne vit rien au fond
La mouche désinvolte en aviva l’extase
Et le prit pour bouffon.
Car c’est vous l’empoté
Quand on est si godiche
On lit le Chat botté ! »
Le chaton s’empressa de voir
Qu’il n’est trompe, ni dard sur mouche vrombissante
Soudain d’un geste prompt d’espoir
Lança sa patte armée de griffes jaillissantes
Et du parasite empressé
Fit une bouillie compressée.
Puis dans le pot, d’un pas félin, il s’introduit
Préjugeant que si le temps joue sur le moral
On ne gagne vraiment rien à tromper autrui
Et encore moins à lui faire la morale.





lundi 20 juillet 2020

Le Cerf et les deux Chiens

LIVRE I - Fable 3 - (Editions Thot en 2018 - Fabuleux Dédale)



Le cerf et les deux chiens

C’était l’époque dévolue au brame
Mais en vain se devint celle d’un drame.
Un beau seigneur des bois envisageait ses noces
Et sur son territoire en faisait le négoce.
Plus enclin au terrain
Des arbres verts dont il se régalait d’écorces
Il préféra brouter leurs pousses, à la force
D’un combat de merrains
Repoussant à demain
Son choix de libertin.
Le danger survenant
Comme tombe la foudre
Il partit galopant
Sans autre grain à moudre
Il détala comme un lapin
En oubliant sa faim.
D’un cri, d’un bond, d’un saut
Le conducteur des âmes
Avait quitté la harde ou se trouvait sa biche
Pour fuir devant l’assaut
Abandonnant sa dame
Car les fiers Poitevins n’étaient pas à la niche.
Vouvray et De Beaumont
Les deux limiers à l’encolure dégagée
Par finesse de nez et vitesse engagée
Menaient la meute au front.
Dans la beauté des bois
Cerf et chiens aux abois
Le premier dans sa fuite
Les autres à sa poursuite
S’enfoncèrent aux tréfonds.
Dès lors le bataillon
Mis plusieurs heures à forcer le beau marginal
Qui dans l’adversité s’était mis à couvert.
Les chiens de vénerie le prirent à revers
Et dans la perfection le tinrent au final.
« Qui te crois-tu pour fuir ainsi notre attelage ? »
Lui demanda Beaumont les babines humides.
« Je me marie demain, de mes bois j’en ai l’âge. »
Vouvray le regard noir expressif et limpide
Aboya : « De toi nous allons faire curée
Et n’avons que faire de tes atermoiements ! »
« Esclaves vous êtes et l’enfer si je mens
Je prône liberté pour vos vies torturées. »
Rétorqua l’animal
Dans un brame fatal.
Maladresse innommable !
Le fier cerf fût déchu et y trouvât le diable.
On l’avait alerté
Même le lilas blanc a une ombre portée
Éludant le conseil
Le plus beau lendemain ne nous rend pas la veille.


samedi 18 juillet 2020

La Zorille et la famille

LIVRE I - Fable 14 - (Editions Thot en 2018 - Fabuleux Dédale - Parue sur le DIX VINS BLOG)



La Zorille et sa famille

Un chemin s’enfonçait dans une forêt sombre.
Une élégante fouine au long corps gracile
L’empruntait, rejoignant ses cousins en surnombre
Pour juger d’un dossier qui n’était pas facile.
Une rustre zorille
Visiteuse d‘un jour
Trompait tout son monde
Par devant si gentille
Affichant ses atours
Cachant l’envers immonde
Quand la chute d’un conifère
Fit qu’Hadès la rappela en enfer.
Ils étaient tous dans la détresse
Du legs de leur belle ennemie
Qui voulait pour son ivresse
Qu’on use de taxidermie.
C’était une grande famille
Difficile à différencier
Pourtant tous ces traine-guenilles
Vraiment peu attachants
Tant ils étaient puants,
Ne souhaitaient pas voir la défunte empaillée.
« Donc jusqu’au bout elle nous fera de la mousse ! »
Dirent-ils à la fouine en n’ayant plus la frousse.
Elle était si curieuse
Que ses yeux de fouineuse
D’un coup les enjôlèrent
A conter leurs travers.
Le vif Blaireau dit avoir peur de la Zorille
Aimable par devant
Mais toujours en bisbille
Ne faisant que du vent 
Malgré l’oreille ronde et son odeur musquée.
« Elle était embusquée
En hérissant ses poils ! »
Conforta le Putois
Revivant les dégâts
En frissonnant jusqu’à la moelle.
« Ce que je vous dis là, je l’ai dit à point d’autres
Pour la Zorille ne perdons pas la raison… »
Entama le vison
Piaulant sa patenôtre
« … Pour emprunter des sous elle était tout sourire
Mais jamais à les rendre en nous faisant souffrir
Elle puait mais puera si on nous l’emmaillote
Pour en faire un tableau.
Mais quelle idée idiote !
Je connais le sujet pour finir en manteau. »
« Moi, quand je sors, je mords… »
Dis la marte au bord de son trou
« … Si l’on excite mon courroux
Mais tout miel face à moi, ce rusé matamore
Le dos tourné me fit perdre tous mes moyens,
Volte, dont elle profita comme un vaurien. »
« J’en conclus », dit la fouine
« Qu’à sa mine chafouine
La zorille esseulée
Avait donc une entrée qui sentait le palais
Lorsqu’au fond du logis
Ça puait la cabane de la proctologie ! »
Alors tous acquiescèrent
Dans le même concert.
Avec la fourche en tâche
La fouine se mit à la tache
Et de ses courtes pattes armées de longues griffes
Elle creusa la terre, enterra l’escogriffe
Arguant d’un air maussade :
« Ni souvenir, ni gloire
Pour les faiseurs d’histoires
Il y a des êtres qui n’ont que la façade ! »